L'IA aspire la mémoire du monde, et votre prochain smartphone va coûter plus cher
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Le boom de l'IA ne se joue pas que sur les GPU. Il se joue aussi sur la mémoire, et ce sont les smartphones, surtout les moins chers, qui en paient le prix.
Une mémoire qui part vers les data centers
Samsung, SK Hynix et Micron fabriquent plus de 90 % de la mémoire mondiale, d'après un document déposé auprès de la SEC cité par Rest of World. Fin 2025, selon Ramon Llamas, d'IDC, les trois ont orienté la grande majorité de leur production vers les data centers d'IA plutôt que vers l'électronique grand public. Il reste donc moins de mémoire pour le reste, et les prix montent.
Llamas ne voit pas de retour rapide à la normale, et Ivan Lam, de Counterpoint, ne s'attend pas à retrouver les coûts d'avant 2025. Les investissements des géants du cloud américains continuent de grimper : S&P Global prévoit plus de 1 300 milliards de dollars en 2027, contre 870 milliards en 2026 et 470 milliards en 2025.
Des prix en hausse, surtout hors des États-Unis
D'après Counterpoint, les prix des smartphones déjà en vente ont augmenté d'environ 15 % dans le monde cette année, et les nouveaux modèles coûtent environ 25 % de plus qu'il y a un an. La hausse varie beaucoup selon les régions : 5 % aux États-Unis, mais 21 % en Inde, 19 % en Asie-Pacifique et 18 % au Moyen-Orient et en Afrique.
Exemple cité : en Inde, le Redmi 15C de Xiaomi est passé de 12 499 roupies (140 $) à son lancement en décembre 2025 à 16 999 roupies (190 $) en juin 2026, soit 36 % de plus.
L'entrée de gamme disparaît
Il s'est vendu 173 millions de smartphones à moins de 100 $ en 2025. Au deuxième trimestre 2026, leurs livraisons ont chuté d'environ 60 % sur un an, selon IDC. En Asie du Sud-Est, celles d'Oppo sous cette barre se sont effondrées de 96 %, d'après Omdia, et Vivo a relevé son principal modèle d'entrée de gamme au-dessus de 100 $ sur la plupart des marchés.
Les constructeurs chinois, qui assurent environ 60 % des livraisons mondiales, ont fortement réduit leurs projets d'entrée de gamme. Ivan Lam estime que le seuil du téléphone abordable pourrait passer de 150 $ à 250, voire 300 $.
Un risque pour l'accès à Internet
Selon la GSMA, un téléphone d'entrée de gamme représente 44 % du revenu mensuel des 20 % les plus pauvres, et jusqu'à 76 % en Afrique subsaharienne. L'organisation tablait sur près de 800 millions de nouveaux utilisateurs d'Internet mobile d'ici 2030 et craint que la hausse des prix compromette cet objectif.
Côté puces
Pendant ce temps, les grands acteurs cherchent à moins dépendre de Nvidia. Microsoft a présenté Maia 300, la troisième génération de sa puce d'IA, qui doit devenir son principal système d'inférence, notamment pour Copilot, avec un déploiement à grande échelle à partir de 2027.
Ce qui reste incertain
- La durée. Les analystes cités parlent d'un problème durable, mais personne ne sait quand de nouvelles capacités de production changeront la donne.
- L'Europe. Les données de Rest of World portent surtout sur l'Asie, l'Afrique et les États-Unis. L'effet sur les prix en France reste à mesurer.
Et pour vous
Ce qui suit est mon conseil, pas un constat des sources. Si vous comptiez changer de téléphone ou équiper une équipe, n'attendez pas une baisse de prix à court terme. Garder son appareil plus longtemps, regarder le reconditionné et choisir des modèles aux mises à jour longues sont les options les plus sûres. C'est aussi un argument de plus pour l'éco-conception : un logiciel qui consomme moins de mémoire aide les appareils à durer.
Sources
Les chiffres viennent de l'article de Rest of World, qui cite Counterpoint, IDC, Omdia, la GSMA et S&P Global. Je n'ai pas pu ouvrir l'article de GeekWire sur Maia 300 : ce passage s'appuie sur son résumé dans la presse.
- Kinling Lo, Rest of World, « The AI boom is making the world's cheapest smartphones disappear » (5 octobre 2026)
- GeekWire, « Microsoft makes "biggest bet yet" on its own silicon, unveils new AI chip to reduce reliance on Nvidia »